Assurance emprunteur après DPE F ou G : la nouvelle exclusion que personne ne vous dit
Depuis le second semestre 2025, plusieurs grands assureurs emprunteurs français ont modifié discrètement leurs conditions générales pour exclure ou surtarifer les acquéreurs de logements classés F ou G. Une évolution majeure encore peu connue qui peut faire basculer le coût total d’un crédit immobilier de plusieurs milliers d’euros. Décryptage des nouvelles règles, comparaison des positions des assureurs, et solutions concrètes pour les emprunteurs concernés.
1. Pourquoi les assureurs s’inquiètent du DPE
L’assurance emprunteur a deux fonctions principales : couvrir le décès et la perte d’autonomie de l’emprunteur sur la durée du crédit. À première vue, le classement énergétique du bien n’a rien à voir avec ces risques. Pourtant, deux mécanismes nouveaux ont modifié la donne :
- Risque de revente difficile : un logement classé F ou G se vend plus lentement et avec décote moyenne 8-15 % en 2026. En cas de défaillance de l’emprunteur, la banque récupère un bien dont la valeur de marché est inférieure au capital restant dû — un risque réel pour le co-acteur du financement.
- Risque de location bloquée : si l’emprunteur perd ses revenus et veut mettre son bien en location pour faire face aux mensualités, les interdictions de location des passoires thermiques (G depuis 2025, F dès 2028) bloquent cette stratégie de secours.
Ces deux mécanismes ont conduit plusieurs assureurs à classer les biens F et G comme « risque aggravé » dans leurs grilles de tarification.
2. Les positions des principaux assureurs emprunteurs en 2026
| Assureur | Position sur F | Position sur G |
|---|---|---|
| CNP Assurances (BPCE, Banque Postale) | Surprime 10-15 % | Surprime 20-30 % ou refus |
| Crédit Agricole Assurances | Surprime 5-10 % | Surprime 15-25 % |
| BNP Paribas Cardif | Surprime 10 % | Refus si revenus < 3 SMIC |
| April | Standard si DPE > 230 kWh/m²/an | Surprime 15 % |
| Generali | Standard | Surprime 10-20 % |
| AXA | Standard sous conditions | Surprime 15-25 % |
| Métlife | Refus depuis fin 2025 | Refus depuis fin 2025 |
Ces positions évoluent rapidement. La règle pratique pour 2026 : tous les emprunteurs sur des biens F ou G subissent un coût d’assurance supérieur de 10 à 30 % à un équivalent classé D ou C.
Plusieurs contrats d’assurance emprunteur signés en 2024 ont vu leurs conditions générales modifiées par avenant en 2025, ajoutant une clause d’exclusion ou de révision tarifaire en cas de découverte ultérieure d’un DPE F ou G. Vérifiez votre contrat avant toute modification de votre logement (vente, location) qui révèlerait un DPE défavorable.
3. Conséquence concrète sur le coût total du crédit
Prenons un exemple chiffré. Un emprunteur de 35 ans, non-fumeur, en bonne santé, contracte un crédit de 250 000 € sur 25 ans :
| Type de bien acquis | Taux assurance standard | Coût total assurance 25 ans |
|---|---|---|
| Maison classée C | 0,28 % | ~17 500 € |
| Maison classée D ou E | 0,28 % (standard) | ~17 500 € |
| Maison classée F (avec surprime 10-15 %) | 0,31-0,32 % | ~19 500 – 20 000 € |
| Maison classée G (avec surprime 20-30 %) | 0,34-0,36 % | ~21 500 – 22 500 € |
Le différentiel entre une maison D et une maison G atteint donc 4 000 à 5 000 € sur la durée totale du crédit. Cette charge cachée s’ajoute à la décote du prix de vente et aux travaux éventuels.
4. La délégation d’assurance reste votre meilleur recours
La loi Lagarde de 2010, renforcée par les lois Hamon (2014) et Lemoine (2022), vous permet de choisir librement votre assureur emprunteur, indépendamment de la banque prêteuse. La délégation d’assurance reste la solution la plus efficace pour faire baisser le coût en cas de surprime :
Étape 1 — Demander plusieurs devis
Adressez-vous à au moins 4 assureurs (mélange entre bancassureurs et assureurs indépendants). Les positions sur DPE F/G varient considérablement. Un courtier spécialisé peut accélérer la démarche.
Étape 2 — Sélectionner le moins-disant équivalent en garanties
La banque ne peut refuser que pour défaut d’équivalence de garanties (depuis loi Lemoine). Vérifiez que les couvertures décès, PTIA, ITT, IPT, IPP sont au minimum équivalentes à l’offre bancaire.
Étape 3 — Substituer à tout moment (loi Lemoine)
Depuis le 1er juin 2022, vous pouvez changer d’assurance emprunteur à tout moment sans pénalité, même en cours de crédit. Si votre DPE s’améliore (travaux post-acquisition), vous pouvez renégocier votre assurance pour faire passer la surprime.
Vérifier le DPE de votre bien avant de signer
Faites établir ou actualiser votre DPE par un diagnostiqueur certifié COFRAC avant tout projet de financement.
5. Stratégies d’optimisation pour les emprunteurs concernés
Stratégie A — Négocier la décote du prix de vente
Si vous achetez une maison F ou G, intégrez le surcoût d’assurance dans votre négociation. Un argument clé : « Le coût total d’assurance sur 25 ans est de 4 000 € supérieur, je propose une baisse de 5 000 € sur le prix de vente. » Cet argument fait souvent mouche.
Stratégie B — Programmer les travaux énergétiques rapidement
Si vous achetez un G en prévision de travaux, négociez avec votre assureur une révision tarifaire à mi-parcours (clause à insérer au contrat) conditionnée à la production d’un nouveau DPE post-travaux. Économie potentielle : 2 000-3 000 € sur la durée restante du crédit.
Stratégie C — Acheter en SCI à l’IS
Pour les acquéreurs avec capacité d’investissement, l’achat en SCI à l’IS peut shorcircuiter certaines surprimes (l’assurance est portée par la société, avec d’autres mécanismes de couverture). Stratégie technique à valider avec un expert-comptable.
Stratégie D — Augmenter l’apport personnel
Réduire le ratio LTV (Loan-to-Value) à 70 % ou moins atténue significativement les surprimes assurance. Les banques et assureurs considèrent que le risque diminue avec un apport important.
6. Cas particulier : les emprunteurs primo-accédants
Les primo-accédants sont les plus vulnérables face à cette nouvelle réalité. Souvent jeunes, avec peu d’apport et des revenus modestes, ils étaient les principaux acquéreurs de logements anciens en classe F ou G — souvent dans des objectifs d’investissement locatif ou d’auto-rénovation progressive.
Pour ces profils, trois recommandations :
- Privilégier les acquisitions en classe E ou supérieure
- Si vous tenez à acheter un G, sécurisez la délégation d’assurance avant la signature du compromis (clause suspensive)
- Consultez un courtier en assurance spécialisé qui connaît les positions actualisées des assureurs (utile sur ce marché volatil)
FAQ — Assurance emprunteur et DPE
Mon assureur peut-il majorer ma prime en cours de crédit si mon DPE devient F ou G ?
Cela dépend des conditions générales de votre contrat. Les contrats signés avant 2024 ne contiennent généralement pas de clause de révision liée au DPE. Les contrats signés en 2025-2026 peuvent inclure une telle clause. Vérifiez attentivement les conditions générales avant tout avenant.
Si je rénove énergétiquement, puis-je obtenir une baisse de prime ?
Oui, en théorie. Depuis la loi Lemoine 2022, vous pouvez résilier votre contrat à tout moment et en souscrire un nouveau avec un autre assureur, sur la base de votre DPE actualisé. C’est l’une des stratégies les plus efficaces pour optimiser le coût.
Les bancassureurs sont-ils plus stricts que les assureurs indépendants ?
Plutôt oui en 2026. Les bancassureurs (CNP, Crédit Agricole, BNP Cardif) ont aligné leurs grilles tarifaires avec les politiques d’octroi de crédit de leurs banques mères. Les assureurs indépendants (April, Métlife, Generali) restent légèrement plus souples sur certains profils.
Quels recours si un assureur refuse de m’assurer pour un G ?
Aucun recours direct (la liberté contractuelle prime). Mais vous pouvez : (1) consulter plusieurs assureurs, certains acceptent encore, (2) augmenter votre apport personnel pour réduire le ratio LTV, (3) demander une convention AERAS (Association pour l’Emprunt Assuré aux Risques Aggravés de Santé) — bien que conçue pour les risques médicaux, elle peut parfois être étendue aux risques aggravés liés au bien.
Le PTZ (prêt à taux zéro) impose-t-il un DPE minimum ?
Oui depuis le 1er avril 2024 : le PTZ neuf n’est plus accessible aux logements classés F ou G en cas d’extension/rénovation. Pour le PTZ acquisition d’ancien, les conditions évoluent en 2026 vers une exigence DPE D minimum.
Sources & références
- Service-Public.fr — Assurance emprunteur
- Loi Lemoine du 28 février 2022 — Résiliation à tout moment
- ACPR — Autorité de contrôle prudentiel
- CNP Assurances — Conditions assurance emprunteur
- Loi Hamon du 17 mars 2014 — Mobilité de l’assurance emprunteur
- Baromètre Crédit Logement, mars 2026